"J’ai peut-être abandonné des peintures un peu partout depuis plus de 10 ans. Dans divers lieux publics ou privés. Il se trouve quelques peintures à l’abri des regards en région Midi-Pyrénées et particulièrement dans le département du Tarn."
Antoine Moreau
Antoine Moreau est peut-être un artiste. Il développe l’idée de « Copyleft », issu des logiciels libres, pour la création hors logiciel qui remet en question la propriété intellectuelle telle qu’elle est définie. Le terme de « Copyleft » est à l’origine une boutade jouant sur l’inversion du terme Copyright. Ce concept sort l’œuvre de la propriété intellectuelle et lui assure une existence ouverte pour la rendre disponible à une appropriation partenaire. Avec le « Copyleft », le spectateur peut faire œuvre et lui faire suite. Outre son activité de diffusion du « Copyleft » et de la Licence art Libre dont il est co-rédacteur, Antoine Moreau se caractérise par une plus qu’étonnante invisibilité. Son jeu préféré se joue entre les genres et les statuts, les catégories, un jeu qui consiste, précisément, à se placer « entre ». Une logique de la faille, de l’interstice, est à l’œuvre dans son travail :
Les Vitagraphies sont des toiles posées au sol qui recueillent le passage des évènements, c’est à dire des spectateurs auteurs de traces.
Les peintures de peintres sont une superposition des peintures, toutes effectuées sur la même toile par des peintres de rencontre et qui se peignent les uns par dessus les autres. Une trace photo témoigne des peintures réalisées.
Les Sculptures Confiées participent de cette invisibilité puisque confiées de personnes en personnes elles sont parfois amenées à disparaître.
L’invisibilité est au cœur de la démarche d’Antoine Moreau en même temps qu’une paradoxale présence, par un minimalisme du geste. Dans cette logique, il a mis en place, depuis quelques années, une démarche qui consiste à cacher des peintures.
« Un jour ou l’autre mes peintures sont trouvées par accident et elles deviennent ce que l’inventeur (celui qui trouve) en fait : poubelle, tiroir de la commode ou exposition sur le mur du salon. Je mets mon numéro de téléphone et il arrive que des années plus tard, quelqu’un au bout du fil me dise sa surprise et joie d’avoir trouvé une peinture. […] Je perds tout et retrouve l’essentiel du tout. » Antoine Moreau
La proposition de résidence faite par le centre départemental d’art contemporain cimaise et portique à Antoine Moreau s’inscrit dans la continuité de la série des Peintures Cachées :
« Mon projet est de poursuivre et approfondir mes dépôts dans la région autour d’Albi… Juste avoir les moyens de cacher mes images secrètement : une voiture, un lieu de résidence et un entourage compréhensif. » Antoine Moreau
La genèse du projet :
- Première rencontre : du 6 au 9 février 2006
Présence de l’artiste sur le département pour présenter sa démarche artistique auprès des enseignants et des classes de collège impliqués dans le projet. Prise de connaissance du territoire (entre Alban, Carmaux, Dourgne, Labruguière et Brassac) qui lui est proposé pour abandonner ses œuvres. Lors de cette première venue Antoine Moreau a passé une demi-journée dans chaque établissement scolaire impliqué dans le projet afin de rencontrer les classes.
- Deuxième rencontre : 12 et le 19 mai 2006
L’artiste effectue sa résidence et abandonne ses peintures sur le territoire du Tarn.
L’exposition :
Suite à la résidence, l’exposition Mode d’emploi est organisée et invite le visiteur à aller à la recherche des peintures cachées dans le département. Le principe est simple, un mode d’emploi est distribué au public pour qu’il puisse, selon des indications précises, découvrir les peintures. C’est un parcours qui en même temps fait découvrir un territoire et agir les visiteurs. Au terme du parcours, les participants sont invités à décrire leur visite sur une feuille copyleft dont l’ensemble pourra constituer au final le catalogue de l’exposition.
L’exposition aujourd’hui :
Ce projet est une opportunité de découvrir ou redécouvrir ensemble un territoire, à travers une pratique artistique. Il s’agit d’un projet reconductible à l’infini selon la volonté de l’artiste qui, en plaçant le mode d’emploi de l’exposition sous Licence Art Libre, invite chacun à se le réapproprier : que chacun l’emploie, le déploie, le ploie selon sa convenance et dans un temps indéterminé. Les modes d’emplois sont disponibles dans les offices du tourisme d’Alban de Brassac, de Carmaux, de Dourgne et de Labruguiere
Epilogue :
Antoine Moreau souhaite faire circuler les copylefts des élèves en une exposition sans point de chute final, dans différents établissements et structures, alors invitées, elles aussi à visiter l’exposition mode d’emploi n°6 à Alban, Brassac, Carmaux, Dourgne et Labruguière et à enrichir la collection de copylefts. Cette exposition partira du Lycée la Borde Basse de Castres en janvier 2008 et passera à Mazamet puis à la cité scolaire Bellevue d’Albi dans un premier temps. Les dates et lieux restent à définir.


