Animal - Exposition collective

Hôtel de Viviès – Castres

du samedi 24 novembre 2007 au vendredi 29 février 2008

Commissariat : Pascal Pique, Jackie-Ruth Meyer

Sélection des œuvres de la collection des Abattoirs

« Les relations à l’animal sont le modèle même de la relation à l’autre » Jean Christophe Bailly

 Dès l’origine, l’animal est le sujet de la représentation artistique. Selon les périodes historiques et les cultures, les intentions des artistes, les théories esthétiques et les réceptions du public ont varié. Première représentation de la confrontation au réel ou du « grand autre », selon Bataille, dans l’art pariétal, l’animal a été, au fil du temps, expression de l’allégorie, élément actif de compositions picturales, support de l’imagerie populaire, véhicule du rituel etc…Il a été peint ou sculpté en tant que symbole, mis en scène en tant que partenaire, présenté en tant qu’objet, pour affirmer des valeurs esthétiques ou politiques. Dès les prémices de la modernité il a ainsi exprimé les visions du monde et de la société, les tentatives de réconciliation, les ruptures, le rejet de l’anthropocentrisme, la réhabilitation de l’instinct sauvage contre le rationalisme, la résistance à la machine, la vertu de l’innocence mais aussi la sauvagerie des événements et des hommes. Un des grands exemples dans l’histoire de l’art contemporain est celui de Joseph Beuys : l’animal, porteur de l’état de nature, apparaît comme un interlocuteur privilégié pour signifier la volonté de l’artiste de créer de la liberté, et par conséquent de la créativité.
 Aujourd’hui l’animal est souvent porteur d’une humanité perdue dans une société ressentie comme inhumaine, sous la forme d’une redécouverte d’une animalité primordiale qui nous lierait à l’essentiel, au sens de la vie et de la mort. Il est l’être choisi avec lequel nos sentiments, inquiétudes et espoirs, tendresse et agressivité, raison et folie, rire et tristesse, peuvent s’exprimer en toute liberté. Il est le symbole d’une vie qui serait plus intense, plus vraie, parce que liée à ce qui en nous participe encore de l’incontrôlé, d’un échappatoire possible dans un monde quadrillé par les systèmes rationnels et marchands dominants. Au moment où la recherche scientifique nous permet de mieux comprendre l’intelligence animale, d’imaginer une proximité nouvelle, voire l’intégration d’éléments du corps animal au nôtre, de constater le rôle des animaux dans la sauvegarde de l’environnement naturel et la menace de la disparition de certaines espèces, à la suite de l’exploitation massive des richesses naturelles, advient la reconnaissance de l’animal en tant qu’être à part entière, dont les besoins et la nécessité doivent être respectés. Dans une société d’individualisme à outrance, de technologie, de solitude et de doute, où l’utopie est considérée comme morte, il devient le récepteur privilégié de la relation pacifique à l’autre et à soi.
 Le titre de l’exposition, emprunté à Jean Christophe Bailly*, suggère l’altérité et la proximité du monde animal. Les œuvres sélectionnées dans la collection des Abattoirs expriment la possibilité de la transformation de la relation au monde, à l’autre, à la vie, à la mort, au temps, à la spiritualité. Elles expriment la violence des changements en cours, la nécessaire ouverture à la différence, la légèreté et la gravité des questionnements d’un monde chaotique en cours de mutation. Les animaux sont alors les passeurs par excellence pour renouer avec ce qui nous identifie positivement, la dimension créative, la capacité spirituelle et les richesses culturelles, et pour entrevoir un nouveau monde, hétérogène, que nous craignons et espérons à la fois.
 

* Jean-Christophe Bailly, Le versant animal, 2007, Paris, Ed. Bayard.