© Couverture - Design graphique David Benmussa
© Design graphique David Benmussa
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Au tra­vers d’un ensem­ble de pro­po­si­tions artis­ti­ques et d’une conver­sa­tion fic­tive, cette publi­ca­tion explore les maniè­res dont les iden­ti­tés indi­vi­duel­les et col­lec­ti­ves se mani­fes­tent et se reconfi­gu­rent à l’heure du numé­ri­que et de la crise sani­taire.

« Cette publi­ca­tion fait suite à l’expo­si­tion col­lec­tive Persona Everyware qui s’est tenue en 2020 au centre d’art Le Lait à Albi. Inaugurée le 7 février, elle a été inter­rom­pue mi-mars en raison du confi­ne­ment lié à la crise du coro­na­vi­rus, puis rou­verte début juin et pro­lon­gée jusqu’au 20 sep­tem­bre. Son titre évoque le masque du théâ­tre anti­que et de la psy­cho­lo­gie ana­ly­ti­que à l’aune des réseaux sociaux comme autant de nou­vel­les scènes et com­mu­nau­tés connec­tées. Lors de sa concep­tion, nous étions loin d’ima­gi­ner que l’actua­lité en ampli­fie­rait cer­tains aspects, à l’instar de la façon dont les tech­no­lo­gies numé­ri­ques ont pro­fon­dé­ment reconfi­guré notre rap­port à soi et à l’autre, nos modes de com­mu­ni­ca­tion et d’exis­tence indi­vi­duels et col­lec­tifs, notre appré­hen­sion des infor­ma­tions, de même que leur cir­cu­la­tion et leur uti­li­sa­tion – voire leur mani­pu­la­tion.

Nous étions loin d’ima­gi­ner qu’un nou­veau masque, pro­gres­si­ve­ment imposé à tou.te.s au même titre que d’autres "gestes bar­riè­res", allait trans­for­mer le pay­sage de nos visa­ges et "défi­gu­rer" l’espace public où jouent et inte­ra­gis­sent quo­ti­dien­ne­ment corps et iden­ti­tés. Déjà à l’œuvre, dis­tan­cia­tion phy­si­que et télé­com­mu­ni­ca­tion se sub­sti­tuaient alors à la pré­sence et au contact, bou­le­ver­sant nos maniè­res d’être, ici et là, les un.e.s avec (et aussi sans) les autres.

De même que l’expo­si­tion, peu­plée de por­traits, visait à confé­rer cor­po­réité et sen­sua­lité aux don­nées et affects sans cesse échangés via Internet, cette publi­ca­tion aspire à voya­ger entre vos mains et res­pi­rer sous vos doigts. Composée d’inter­ven­tions spé­ci­fi­ques des artis­tes en réso­nance plus ou moins directe avec les œuvres expo­sées et d’une "mas­ca­rade" sous la forme d’un chat fictif, elle envi­sage moins de docu­men­ter l’expo­si­tion que d’en pro­po­ser une nou­velle (in)car­na­tion. »
Raphaël Brunel, Antoine Marchand et Anne-Lou Vicente

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Texte de Raphaël Brunel, Antoine Marchand et Anne-Lou Vicente ; inter­ven­tions artis­ti­ques de Pedro Barateiro, Émilie Brout & Maxime Marion, Guillaume Constantin, Kevin Desbouis, Eleni Kamma, Anouk Kruithof, Ingrid Luche.

Conception gra­phi­que : David Benmussa.

Publié avec Le Lait, Albi.

2021
textes en fran­çais et en anglais
17 x 24 cm (broché)
96 pages (ill. coul.)

15.00 €

ISBN : 978-2-919217-14-4
EAN : 9782919217144

com­mande de l’ouvrage sur le site des Presses du Réel

Le livre est également dis­po­ni­ble à l’admi­nis­tra­tion du centre d’art : merci de nous contac­ter au 09 63 03 98 84 ou par email (cen­tre­dart@­cen­tre­dart­le­lait.com) pour s’assu­rer de la pré­sence d’un membre de l’équipe.
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Attentifs à la place qu’occu­pent dans la vie contem­po­raine les tech­no­lo­gies numé­ri­ques, le déve­lop­pe­ment de l’intel­li­gence arti­fi­cielle et le recours aux réseaux sociaux, nombre d’artis­tes son­dent les enjeux de ces nou­veaux outils et pra­ti­ques de com­mu­ni­ca­tion.

En mul­ti­pliant les appa­reils connec­tés à notre dis­po­si­tion, l’infor­ma­ti­que ubi­qui­taire, ou eve­ry­ware (contrac­tion de eve­ryw­here et hard/soft­ware) pour repren­dre la for­mule d’Adam Greenfield, a faci­lité pour chacun l’accès à l’infor­ma­tion par­tout et en continu. Elle a également par­ti­cipé à accé­lé­rer l’émission et la dif­fu­sion de textes, d’images ou de vidéos à carac­tère plus ou moins per­son­nel. Elle permet d’expri­mer une opi­nion, d’échanger, de cri­ti­quer mais aussi, d’une cer­taine manière, d’« impri­mer » les mou­ve­ments de la société. La masse de don­nées échangées chaque jour des­sine ainsi un envi­ron­ne­ment média­ti­que et « info­sphé­ri­que », dont l’inten­sité affecte et reconfi­gure sans cesse nos réa­li­tés et nos iden­ti­tés.

Les artis­tes de l’expo­si­tion Persona Everyware s’empa­rent ou mani­pu­lent cet amas de don­nées et d’affects, tra­vaillent avec (et par­fois contre), ten­tent de les rendre (in)visi­bles, de redon­ner une voix ou une pré­sence phy­si­que à des conte­nus trop sou­vent consi­dé­rés comme imma­té­riels. Il s’agit pour eux de mettre en pers­pec­tive le poten­tiel esthé­ti­que, poé­ti­que ou per­for­ma­tif de nos inte­rac­tions quo­ti­dien­nes.
En abor­dant Internet, et en par­ti­cu­lier les réseaux sociaux, autant comme le lieu d’une expres­sion sub­jec­tive ou d’une écriture de soi que comme un espace public et une scène de théâ­tre, ils inter­ro­gent les rap­ports que l’indi­vidu entre­tient avec sa propre image et la société. Se des­si­nent alors les rela­tions sub­ti­les entre un « je » et un « nous » qui ne ces­sent de se reconfi­gu­rer l’un par rap­port à l’autre.

De ce thea­trum mundi tout en flux et jalonné d’écrans, sur­gis­sent ici et là les visa­ges mas­qués de quel­ques per­sona, à tra­vers les­quels se croi­sent et s’hybri­dent l’intime et le col­lec­tif, le privé et le public, le réel et la fic­tion, le sen­si­ble et la tech­no­lo­gie.